
Montméjean - © Escappade.com
Article de Marc Parguel paru dans le Journal de Millau du jeudi 15 juin 2006
Nom
Montméjean doit son titre toponymique par son lien à l'urbanisation des hauteurs durant l'époque féodale. Urbanisation où les habitants du lieu se sont établis autour du château ou de la chapelle en hauteur pour voir le danger venir de loin et se protéger derrière des remparts faisant de la butte, de la colline ou du coteau, une forteresse naturelle.
En tant que chef-lieu de la topographie de l'endroit, la hauteur porte souvent le simple nom de mont
d'où le nom du hameau Mont-méjea
(médian, milieu).
Appellation au cours des temps : Momméja (1075), Mommejean (1655), Montméjan (1718), Mommejan (1719), Montméjant (1785).
Situation et description
A 4 km au sud de Saint-André-de-Vézines, Montméjean est un village accroché au flanc du Causse Noir dan sle ravin qui, de Corp permet d'arriver le plus directement à Saint-André-de-Vézines. Visiblement, le château-fort qui le domine a été construit pour commander cette voie. Si on en doutait, son seigneur nous l'apprendrait par sa lettre du 6 juillet 1625.
Ce jour présent des gens zélés et affectionnés ont pétardé Vairant, lieu comme vous le savez très important pour le passage de Millau en Sévènes, et qui tient ave ce lieu de Momméjean, tout le Causse Nègre
Ni eaux vives, ni vastes terres cultivables dans ses abords. Il n'y a plus grande trace, maintenant, de l'animation qui régnait, lorsuqe plus de cent personnes habitaient derrière ces portes, sous ces voûtes aujourd'hui effondrées.
Le vieux village s'abrite sous un château millénaire qui s'élevait jadis et dont il ne reste actuellement qu'une tour ronde à encorbellement, perché sur un rocher abrupt qui domine de 400 mètres la vallé de la Dourbie et le village de La Roque-Sainte-Marguerite.
Population
On recensait 93 habitants et 22 familles dans le village en 1868, mais au début du XXème siècle, la disparition de la culture de la vigne et de l'exploitation mdes mines ont poussé les familles à déserter les lieux. 4 familles en 1920. Le village a été totalement déserté durant l'été 1936. Au XIXème, les habitants du village alors très nombreux avaient reçu le surnom de Los Sauta Ròcs, Lous Saouto Roùocs
(Les Saute-Rochers).
Le château

Le château de Montméjean - © JBu12
Un pan du plateau a glissé et formé un épaulement sur lequel est bâti le château. Ce château féodal commandait un des couloirs d'accès du Causse Noir.
Louis Bion de Marlavagne le détaille comme suit :
La forteresse du château de Montméjean noblement bâtie sur un grand rocher composé de salles, chambres, cuisines, fours, citerne avec une grande tour carrée et une autre ronde avec mâchicoulis, gabions, à l'entrée avec un pont-levis et au devant de celui-ci une grande terrasse avec grange, écurie, jardin, volaille, et sur une des pointes dudit rocher un pigeonnier carré (dénombrement de 1672). On ne sait pas à quelle époque fut bâti le château de Montméjean, mais il paraît fort ancien et ce ne serait point exagéré de remonter son origine au X ème siècle ou XIème siècle.

La tour du château de Montméjean - © JBu12
Il ne reste du château qu'une tour ronde couronnée d'un encorbellement et ceinte de deux cordons de pierre à section carrée. En arrière est un jardin d'un tiers d'hectare. Deux murs le ferment en unissant les extrémités du rocher-assiette du château à la montagne. C'est par là que la forteresse était attaquable.
Les seigneurs
Les propriétaires étaient seigneurs de toute la paroisse de Saint-André, mais ce n'était qu'une seigneurerie directe donnant droit à percevoir des redevances sans aucune juridiction. La justice haute, moyenne et absse appartenait aux vicomtes de Creyssels, auxquels les seigneurs de Montméjean devaient hommage et reconnaissance. Mais les vicomtes de Creyssels devaient à leur tour hommage à l'évêque de Rodez.
En 1133, R. de Roquefeuil, vicomte de Creyssels, reconnaît que l'alleu du château de Caylus (sur le Tarn en dessus de la Cresse) et celui de Montméjean, ainsi que tous les villages situés dans leurs mandements, appartient à Hugues, évêque de Rodez.
L'évêque, de son côté promet de ne pas aliéner cet alleu, et s'il l'aliénait, l'aliénation serait nulle de plein droit et l'alleu reviendrait à R. de Roquefeuil. Parmi les témoins, Pierre archiprêtre de Lumenson et Ardenal, curé de Cantobre. Un autre acte de 1324 reconnaît que les vicomtes de Creyssels doivent faire reconnaissance à l'évêque de Rodez pour les châteaux de Caylus et Montméjean.
Un acte de 1321 montre que les évêques de Rodez conservèrent leurs droits sur le Causse Noir même après l'érection du diocèse de Vabres (1317). L'acte le plus ancien metionnant les seigneurs de Montméjean est la charte 190 du Cartulaire d'Aniane par laquelle vers l'an 1070, Raymond Hugues de Montméjean (de Monte Mediano) après s'être fait moine donne au monastère d'Aniane tout l'honneur qu'il possède à Pierrefiche (du Larzac) avec hommes et femmes. Dona sancto Salvatori Ananienci totum honorem quam habebam in Petrafixà, a die quàm monocavit me totum et ab integrum... cum homines et feminas que ibi sunt
.
La famille de Montméjean posséda ce château du Xème au XVIème siècle, époque où elle s'éteignit ou se fondit par femmes dans celle de Granger, toujours est-il que cette dernière possédait la seigneurerie directe de Montméjean en 1576, qui comprenait dans son ressort Saint-André-de-Vézines et Brussac.
Au XVIIème siècle, affirme l'abbé Delpal, habitait une famille riche du Causse Noir, la famille Ducros qui achètera en 1812 une des propriétés des seigneurs de Montméjean : Brunas.
Sur la fin du XVIIème siècle, Paule de Granger unique héritière de sa famille épousa Paul Dupuy-Montbrun et par ce mariage, tous les biens de Montméjean et garnger passèrent dans la maison Dupuy-Montbrun, jusqu'à la Révolution.
En 1808, Dupuy-Montbrun vend la plupart de ses biens de Montméjean car on voit que 71,45 francs sont imposés sur ses terres à Antoine Pargeul et Joseph Jory. Vers 1825, Hector Dupuy-Montbrun vendit le château de Montméjean aux familles du village. Melle Dupuy-Montbrun qui habitait encore Saint-Affrique en 1927 fut le dernier rejeton de cette famille qui s'est éteinte.
Coutumes
Dans les villes comme dans les communautés rurales, la vie sociale est régie par les coutumes. Les coutumes de Millau nous ont été transmises par les criées annuelles, les ordonnances des consuls, les règlements de police, els dénombrements de privilèges, les innombrables allusions qu'y font les documents selon l'ancienne coutume, selon la coutume de tout temps observée
.
La mention : Per relijar lo libré de las costumes
(1456) prouve que Millau avait consigné les siennes dans un registre spécial sorte de cartulaire primitif. Quant à celle des communautés rurales tout aussi anciennes mais beaucoup plus réduites, elles se trouvent dans les criées annuelles, les reconnaissances générales qui figurent en tête des terriers des seigneurs, des compois de la communauté, des transactions entre le seigneur et les sujets, etc...
Les habitants de Montméjean ont leurs coutumes confirmées.
Hugon de Mommejan : de penre lenhas gastas et mortas dins los meas bossés
sous la redevance chacun de sept ious tots los ans payables à la festa de pasquas... un fromage per lo poulverage
.
Hugues de Mommejan autorise de prendre les bois gâtés et morts dans ses bois sous la redevance chacun de sept oeufs tous les ans payable à la fête de Pâques... et un fromage pour le pulverage (1289).
Demoiselles Jeanne d'Olmières seigneuresse de Montméjean Caylus ets requise de payer 2 setiers de seigle et un setier d'orge d'aumône audit mandement de Caylus, instrument reçu par Dupont notaire à Boyne en 1411
(11 avril 1566, De Malrieu).
Le seigneur se réserve de faire dépaître ses bestiaux gros et menus dans tout le mandementet de prendre des poutres pour la réparation de son château et forteresse de Mommejan
(10 juin 1416, papiers recueillis par Louis Bion de Marlavagne).
Le seigneur de Montméjean était obligé de donner tous les ans une aumône aux pauvres et habitants de La Cresse (3 août 1630, Brondel).